Roger Karoutchi, Sénateur, Conseiller régional d’Ile-de-France devient donc secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement. Il va devoir démissionner de son mandat de Sénateur. Le suivant sur la liste UMP est Jacques Gautier, Maire de Garches, 1er vice-président du Conseil général qui se voyait bien en devenir président. C'est Devedjian qui aurait gagné. Le jeu de domino le récompense tout de même puisqu’il pourrait devenir Sénateur. Cela dit, maire, conseiller général et bientôt sénateur, il va devoir abandonner un mandat.
Pourquoi parler de Garches et de ces tourniquets de mandats électifs ? Et bien parce que notre député sortant, André Santini, vient de faire savoir qu’il a choisi un suppléant. C’est une nouvelle et ce n’est pas n’importe qui, qui ne vient pas n’importe où. Il a choisi Frédéric Lefebvre.
Connu à Issy ? non ! Inconnu à Vanves ? Oui ! De Boulogne ou de Meudon ? Que nenni !
M. Lefebvre est maire-adjoint de Garches, en charge de la jeunesse, des
sports et des grands évènements. La rumeur locale dit qu’il ne serait pas
très apprécié dans l’équipe municipale. Son tempérament serait trop différent
de celui du maire.
Conseiller régional, à la commission des finances, de l’administration
générale et du plan, représentant de la région à l’agence régionale de
développement, Frédéric Lefebvre est également l’un des plus ancien et plus
proche collaborateur de Nicolas Sarkozy ; il a été directeur de cabinet
de Sarkozy à l'UMP et son conseiller chargé des relations avec le
Parlement.
La presse a fait plusieurs portraits de cet homme de caractère.
Dans LEXPRESS.fr du 06 mai 2007, on découvre qu’ « il fait partie du clan, de ceux qui ont pris l'habitude de tout donner, et d'abord leur temps, à Nicolas Sarkozy. Mais la campagne a mis à rude épreuve ces conseillers, sur lesquels plane l'ombre de l'épouse du nouveau chef de l'Etat, soupçonnée d'en écarter certains pour en favoriser d'autres ». Selon L’Express Frédéric Lefebvre a connu une fin de campagne difficile. Il aurait été privé de badge pour la soirée électorale du premier tour, au QG du futur Chef de l'État.
Toujours dans L’Express (28 septembre 2006), un article sur ce très
influent conseiller parlementaire de Nicolas Sarkozy qui est resté
actionnaire majoritaire d'un cabinet de lobbying démarrait ainsi :
« Qui, à l'Assemblée nationale, ne connaît pas Frédéric Lefebvre ? Ce
quadragénaire à l'élégance de Borsalino, cheveux longs gominés et
cravates voyantes, passe une grande partie de son temps dans les
couloirs du Palais-Bourbon, en tant que conseiller chargé des relations
avec le Parlement du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy.
Lorsqu'ils l'aperçoivent, le portable collé à l'oreille, les députés
interrompent leur conversation. «Voici le porte-flingue de Sarko»,
chuchotent-ils. Frédéric Lefebvre, chargé de s'assurer de leur loyauté
envers son mentor, jouit d'un respect mêlé de crainte parmi les élus de
la majorité. » (la suite sur le site de L'Express
)
Ses amis ne sont pas non plus avares de compliments. Nathalie Kosciusko-Morizet, députée sortante de la 4e circonscription de l'Essonne aurait déclaré : « c'est un homme accessible et efficace. C'est vrai qu'on dit de lui que c'est un ‘flingueur’. Il a une réputation de cow-boy, mais c'est dû à son physique et à son style… Il n'exerce pas de chantage déguisé ou de donnant-donnant avec les députés UMP »
Fédéric Lefebvre est donc un lobbyiste. La société « Perroquet Institutionnel Communication » (Pic conseil) qu'il a été fondée avec des collaborateurs de Christian Estrosi est devenue « Domaines publics ». Cette société de conseil vend son savoir-faire en matière de « veille stratégique, réglementaire, législative et politique ». Elle assure à ses clients « un suivi régulier de l’élaboration des textes au stade le plus en amont : travail gouvernemental, ordre du jour des assemblées… ». Elle insiste sur ses « relations régulières avec les ministères et services chargés de l’élaboration et de la mise en œuvre des dispositions réglementaires (décrets, circulaires, etc.) ». Parmi ses clients figurent entre-autres le cigarettier Altadis, le Syndicat national des professionnels immobiliers, l’Association nationale des industries agro-alimentaires, les casinos Lucien Barrière, les groupes Bouygues, Alcatel... Ses dernières actions lors des débats parlementaires ont porté sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics, la publicité pour le vin, les droits d'auteur sur Internet ou la lutte contre l'obésité.
Frédéric Lefebvre a également créé, en janvier 2005, une autre société de conseil en communication, avant de suivre Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur, Place Beauvau en juin 2005. « Frédéric Lefebvre Conseil » dont le siège social est situé à Garches. On trouve aisément sur l'internet tous les détails sur le capital, les chiffres d'affaires et bénéfices de ces cabinets de conseil.
Canal + a essayé d’en savoir plus sur ce mélange des genres entre action publique et intérêt privés. Diffusé le lundi 11 décembre 2006 à 22h45, dans l’émission Lundi investigation, un documentaire, titré « Les lobbies au cœur de la République » montre Frédéric Lefebvre refusant de répondre aux questions du journaliste Nicolas Bourgouin. On découvre que l’un des autres lobbyistes de « Pic Conseil », Stephan Denoyes (ancien assistant parlementaire de Christian Estrosi et actuellement assistant à temps partiel de son suppléant à l’Assemblée, Charles-Ange Ginesy) semblait disposer d’un bureau Place Beauvau, au ministère de l’Aménagement du territoire tenu par Christian Estrosi, tout en n’y exerçant « aucune fonction » officielle. C’est déjà très surprenant. On y voit surtout les ministres Christian Estrosi et Nicolas Sarkozy déclarer au journaliste qu’ils ne sont pas au courant des diverses activités de leurs ex-assistant et conseiller. C’est assez étonnant !
Dans leur ouvrage « Députés sous influences, le vrai pouvoir des
lobbies à l’Assemblée », publié chez Fayard en 2006, les journalistes
Hélène Constanty et Vincent Nouzille ont recensé les multiples actions
de ces « cabinet de conseils ». Ils utilisent des moyens de pression de
plus en plus élaborés pour imposer leurs vues : voyage payé par Suez
lors de la Coupe du monde de football de 2006 (au moment où l’Assemblée
nationale débattait de la privatisation d’EDF et de sa fusion avec
Suez), inflation de clubs parlementaires et de colloques en tout genre
financés par des intérêts privés. Ils détaillent aussi le recrutement
d’assistants parlementaires. Par exemple, une employée du député du Var
Jean-Michel Couve (UMP), deviendra responsable « Public Affairs » de
l’ANIA (association nationale des industrie alimentaires), sous la
responsabilité du cabinet « Domaines publics »
C’est par l’intermédiaire de « Pic Conseil » que cette
employée avait été recrutée. Or 51% du capital de « Pic Conseil »
serait détenu par M. Frédéric Lefebvre et fait partie de « Domaines
publics ».
Cet exemple montre à quel point les intérêts gouvernementaux et privés
sont devenus étroitement mêlés et qu’il faudrait sans doute légiférer
sur l'action des lobbyistes qui n'est pas encadrée en France. C'est une question de morale publique.


Ce monsieur est par ailleurs extrêmement discret sur son parcours universitaire ainsi que sur la manière dont il a souscrit à ses obligations militaires (déjà des passe-droits à 20 ans???)
Rédigé par: alexis | 15 octobre 2008 à 13:33