Un de mes camarades de Lai Pouèlée, un poète génial et méconnu, le Pierrot, a écrit des millions de pages, toutes plus proches de la vraie vie que tous les discours des hommes politiques réunis. Heureusement, maintenant il y a des femmes politiques, on espère que ça va remonter le niveau.
Le Pierrot donc, écrit, conte, dessine, danse, musique, mais ne compte pas, en tout cas ni les sous de l'association qui nous réunissait, ni sa peine pour développer une culture vivante.
Juste un exemple, rapport au référendum :
Paroles de ruminants
Choisir son camp, trancher entre le bien et le mal est un art difficile et noble puisque les anges et les démons sont experts dans l’art du masque et inversent les rôles par mille facéties ce qui, l’échelle d’une vie, revient à émousser lentement le coeur de l’homme, à le persuader que tout est égal et si compliqué qu’il ne faut surtout pas se mêler de choisir.
Ainsi derrière le sourire figé d’un Golden boy, les dents blanches d’un grand communicateur cathodique est il pensable que puissent se cacher les yeux jaunes du Grand Satan, la queue ridicule de Mickey, la fourche noire d’un bombardier furtif ?
(Des pieds fourchus je ne saurais jurer : les rechies ne marchent jamais pieds nus !)
Ah comme j’aime le rire narquois des vieillards qu’on a conduit à l’isoloir, le soir dans le fond des hospices !
Ah comme j’aime le bœuf soumis, nourri, parqué entre les haies, dépecé, haché, enduit d’oignons et de ketchup, car derrière son blanc regard de veau, mine de rien, il perce lentement la peau de la planète.
J’aime le bœuf, Mesdames Messieurs, j’aime le bœuf quand il pète.
Pierre Léger
in Almanach du Morvan 1993, publié par Lai Pouèlée


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